Européennes : un sabotage programmé

jeudi 15 mai 2014, par Farlistener

Je prends la plume pour vous exprimer un certain constat, que j’estime factuel, concernant l’organisation des Européennes en France, et du sabotage systématique qui tourne autour. On va donc s’attacher à décortiquer l’envers du décor.

Lorsque l’Europe parle des élections européennes, elle parle d’une élection qui se déroule dans tous les États de l’Europe pendant une semaine, avec un scrutin de liste à la proportionnelle.

Premier point : la fausse proportionnelle

Le rêve : 74 sièges à pourvoir en France, donc l’obtention de 1,35% (100/74) permettrait de garantir un siège. C’est mathématique, c’est simple, c’est efficace... donc la France n’a pas mis ça en place. Cela permettrait, si l’on écoute certains, à "n’importe qui" (qui selon l’adage fera n’importe quoi) d’accéder à un poste à responsabilité (car il est bien connu que seuls ceux qui ont plongé nos pays vers la crise peuvent être responsables) ce qui ne serait pas acceptable, l’Europe c’est du sérieux. Pour éviter ce traitement équitable, la France a donc, elle, des Eurorégions (tiens d’ailleurs si M. Le nouveau Premier Ministre cherche un découpage, en voici un avec sept régions seulement).

Prenons la nôtre, le Sud-ouest : il nous a été dévolu une dizaine de sièges. Si l’on suit ce que nous disent les mathématiques, qui sont impitoyables, l’obtention d’un siège est assurée avec... 10% des voix.

Voici donc la première astuce pour saboter les élections : sauf surprise seuls les partis qui ont le plus d’écoute peuvent accéder à ces 10% (un peu moins par le jeu des restes au niveau de l’attribution des sièges). A noter que le mode de scrutin en Allemagne, un modèle pour certains, est complètement à l’opposé : proportionnelle intégrale sans aucun seuil. [1]

Second point : le financement

La deuxième astuce est simplement financière, et touche toutes les élections françaises. On va dire que nous avons presque de la chance : contrairement aux autres élections, le seuil de remboursement n’est pas de 5% mais de 3%. C’est sans compter que l’impression de bulletins de vote, d’affiche ou de circulaire coûte moins cher à l’échelle d’une ville, d’un département que d’une Eurorégion entière. Comptablement, voici quelques ordres de grandeur pour le matériel électoral :

  • Une ville : entre 500 et 2.000€
  • Une circonscription législative : entre 2.000 et 4.000€
  • Une Eurorégion : 70.000€

Là où un petit parti peut miser sur une circonscription pour se faire entendre, parce qu’il a une existence locale, il ne peut plus véritablement le faire au niveau de l’Eurorégion où le coût est vingt fois supérieur. Il doit donc faire un choix entre solder son compte en banque ou ne rien faire et garder ses sous pour continuer ses actions. Un couteau sous la gorge financier en somme. Ainsi l’État organise avec les imprimeurs un véritable hold-up. En effet, comme l’État rembourse les gros partis, il y a une inflation de l’impression électorale (c’est l’État qui paiera pour les gros, les petits n’ont pas les moyens de négocier). De plus, il est difficile d’obtenir une caution pour que l’imprimeur daigne même lancer l’impression.
Et tout cela n’est pas dans l’intérêt de l’État qui pourrait négocier des tarifs impression pour tout le monde ; voire par exemple instaurer un bulletin unique où l’on cocherait la liste choisie. Cela permettrait un accès égal sans toute la tracasserie de la négociation pied à pied pour chacun.

Troisième point : la validation officielle

Puisqu’on parle de bulletin, abordons ensuite le point de la commission de propagande. Cet organisme qui se réunit dans chaque circonscription électorale est chargé de valider ou d’invalider les documents officiels que les partis souhaitent utiliser : les bulletins de vote et les professions de foi.
Pour la circonscription Sud-ouest, la commission de propagande a rendu son avis le matin du 7 mai... pour une élection le 25 Mai.

En théorie, si l’on veut être sûr de soi, il faut donc trouver un imprimeur qui accepte d’imprimer, découper et livrer les documents sur l’Eurorégion en moins de 8 jours. Pourquoi 8 jours ? Parce que la commission se réunit à nouveau le 14 Mai, pour vérifier que ce qui a été imprimé correspond au modèle déjà validé.

Dans la pratique c’est impossible : entre impression, découpage, livraison et calendrier (eh oui, nous ne sommes pas les seuls clients), l’imprimeur nous a demandé de lui fournir le modèle des bulletins le 28 avril au plus tard. Nous avons donc donné notre feu vert avant même la validation, nous engageant sur un budget de 30 000 € sans filet.
Nous avons donc fait le pari que notre bulletin serait valide et nous avons réussi, mais s’il avait été invalidé, nous aurions dépensé tout notre budget de campagne pour rien.

Quatrième point : l’égalité devant les médias

La dernière pièce du puzzle des saboteurs se nomme le CSA. Pour que les petits partis puissent convaincre, il faut qu’ils accèdent aux médias, et l’état français propose normalement deux dispositifs qui l’autorisent :

  • l’égalité de temps de parole ;
  • les spots nationaux sur le service public.

Bon je ne vous le cache pas, ça c’est sur le papier, c’est cool, c’est beau. Mais ce n’est pas la réalité. L’expérience des législatives de 2012 nous a appris des choses.
A cette époque, nous avions contacté France 3 pour leur parler d’égalité de temps de parole. Il nous a été rétorqué que le CSA préconisait l’équité (et non l’égalité) de temps de parole. Le principe : laisser parler le plus ceux qui sont au plus haut dans les sondages. En paraphrasant, laisser les gros marteler leurs idées et ne pas laisser les petits s’exprimer. [2] On s’y fait, c’est injuste, mais il nous reste Internet que le CSA ne contrôle pas. Enfin, pas encore…

Venons-en aux spots nationaux, qui se font sous l’égide du CSA et de France Télévision. Tout d’abord il faut réussir le pari d’avoir cinq listes sur sept possibles en métropole, et le Parti Pirate a passé cette épreuve. Maintenant, il reste à le réaliser ce clip et ce n’est pas une mince affaire.

Techniquement, entre la publication des spécifications par le CSA du clip et la fin du montage pour une première diffusion mardi 12 Mai, nous avons seulement TROIS jours. Trois jours pour :

  • comprendre ce que nous avons le droit de faire ;
  • comprendre comment il faut le faire ;
  • voir comment travailler avec France Télévision (obligatoire pour 25% du clip) ;
  • préparer la logistique ;
  • filmer ;
  • monter.

Comment sans argent, voulez-vous réaliser ça dans les temps ? C’est le pari de ces prochains jours. Mais, pour moi, ceci est un sabotage.

C’est pourquoi nous Pirates nous disons que les élections européennes en France ne sont pas démocratiques.


[2Alors oui ça peu ressembler à un propos du FN qui parle du musellement des médias à son encontre mais :

  • Ce n’est pas parce que le FN dit quelque chose que c’est faux
  • Ce n’est pas le cas du FN
  • Nous sommes humanistes, ils sont xénophobes, c’est non miscible !

Messages

  • Ainsi va la "démocratie" a la française...

    L’idée du bulletin unique est a pousser pour arreter le gachis de papier (meme si les bulletins doivent etre recyclables).

    On sait bien que la politique coûte chère pour éviter que les citoyens se lancent...

  • Oui tout à fait, nous voyons trois avantages à ce bulletin :

    • écologique tout d’abord, puisque des tonnes de papier seraient économisées (pour chaque électeur, pour ses n candidats, au moins n-1 bulletins partent à la poubelle)
    • économique ensuite, plutôt que rembourser à chaque liste candidate (avec un score au-dessus de 3%) les frais d’impression, l’Etat n’aurait à faire imprimer qu’un seul bulletin (même plus grand, l’état y gagnerait). L’État économiserait également sur le travail fonctionnaire des personnes qui s’occupent des remboursements et également des personnes employées pour mettre sous pli les bulletins et circulaires.
    • favoriser la diversité politique
  • Voilà, c’est la vérité.
    La France confond la démocratie avec une particratie.

    Une particratie est dénoncé comme une forme d’oligarchie, concentrant le pouvoir au sein d’une nouvelle classe de privilégiées : les partis politiques ou le parti politique au pouvoir.

    Les principales critiques que l’on peut opposer à un tel système sont les suivantes :

    - les alliances entre partis politiques (partage du pouvoir) portent atteinte au suffrage universel ;
    - les décisions importantes sont prises par des chefs de partis, non soumis au suffrage universel et dont l’impartialité n’est pas garantie ;
    - l’apparition de partis politiques forts, capables grâce aux alliances d’éviter l’apparition de partis émergents, constitue un risque de dérive vers une pensée unique ;
    - la séparation des pouvoirs n’est plus garantie dans la mesure où les mêmes partis sont représentés aux différentes instances du pouvoir. La direction d’un parti fort peut ainsi détenir l’ensemble des pouvoirs ;
    - dans une société fortement politisée, les médias ne sont pas politiquement neutres. Dans un système particratique, ils constituent donc un pouvoir détenu par les partis.

    Et n’oubliez pas, votez Parti Pirate

le site du Parti Pirate européen